Le Somnambule
 



Coxyde: cover - interview - presse




Rémi Bertrand
Remi Bertrand Rémi Bertrand aligne les mots comme des notes sur une portée en clé de Sol. Il les fait chanter et virevolter tels des mouettes planant au-dessus de l’eau salée de Coxyde. Musicien, poète, écrivain, amoureux des livres et amoureux tout court, il publie d’abord, en 2005, un travail sur Philippe Delerm (Philippe Delerm et le minimalisme positif) et un premier roman : La Mandarine Blanche. Deux livres paraissent en 2006. L’essai Un bouquin n’est pas un livre exploite les sens des synonymes. Le roman Coxyde met en scène un fou de livres traversant, outre la Belgique et Versailles, une crise existentielle.

www.remibertrand.net


Interview "Coxyde"

Que représente Coxyde pour vous ?

Deux choses. D’abord des souvenirs d’enfance, de vacances de Pâques avec mes frères et mes parents. J’y suis parti ainsi en famille jusqu’à mes seize ans. Après, je n’y suis plus allé pendant deux ou trois ans. Ensuite, Coxyde est aujourd’hui l’endroit où je passe du temps en été, dans la maison des parents de ma compagne. C’est un endroit différent de celui que j’ai connu auparavant, car il se situe dans le quartier sénégalais qui est un des lieux historiques de la ville.

Coxyde est-il un roman autobiographique?

Non. S’il l’avait été, j’aurais commencé par appeler le personnage « Rémi » et non « Clément ». Il y a toutefois de fortes ressemblances entre Clément et moi, du moins celui que j’étais durant la période d’écriture du roman. Clément, c’est le côté obscur, la paralysie de l’angoisse existentielle. Marie, c’est l’actrice du livre, qui imprime le mouvement, de Paris à la Mer du Nord.
Certains évènements de Coxyde ont été vécus par moi ou par ma compagne : la promenade à Versailles, la visite du musée Delvaux. La promenade sur le bateau amphibie est une expérience que j’ai moi-même vécue. L’histoire du petit livre retrouvé est réelle, elle aussi. Ce « petit livre », dont je ne peux rien dire ici sans dévoiler l’histoire, a été le déclencheur de l’écriture de ce roman.

Il y a une musique dans les paroles des deux narrateurs, non ?

La musique de l’écriture est le fil conducteur et on pourrait me reprocher le fait qu’elle soit la même chez les deux narrateurs. J’ai voulu écrire en créant une musicalité : j’y ai été très attentif. La musicalité du roman, c’est la voix de l’auteur au-dessus des voix respectives des narrateurs. Je voulais confronter deux personnages à la même réalité, d’où la construction spéciale du roman avec deux narrateurs qui parlent chacun à la première personne. Je me suis plus facilement mis dans la peau de Clément qui représente le jeune à la recherche d’un boulot, comme beaucoup d’autres jeunes aujourd’hui…

Le personnage de Clément se pose des questions sur la genèse de ses choix amoureux et professionnels. Croyez-vous que nos choix aient des origines dans l’enfance ?

TC’est la question du destin. Je ne veux pas y apporter de réponse définitive et claire. Dans un roman, on peut faire dire au passé ce que l’on veut. Dans Coxyde, les liens que les personnages établissent entre les éléments du passé et ceux du présent sont les fruits d’un délire de mon imagination, ce qui prouve qu’on est bien dans une fiction et non dans de l’autobiographie. C’est toujours plus facile de créer un déterminisme a posteriori.

Vous avez écrit un premier roman sur l’euthanasie, La Mandarine blanche, ainsi qu’un essai sur Philippe Delerm, Philippe Delerm et le minimalisme positif (Le Rocher, 2005). À part Philippe Delerm, quels sont les auteurs que vous appréciez le plus ou quels sont ceux qui auraient influencé votre écriture ?

Remi Bertrand Je n’ai pas de modèle d’écriture, bien que le séminaire de création littéraire animé par Vincent Engel durant mes études ait été important dans mon retour vers l’écriture. J’aime les auteurs qui s’intéressent au quotidien et je pense que c’est cette thématique que je développe dans mes textes. Pendant la rédaction de Coxyde en 2005, je lisais Jean-Philippe Toussaint. Cette lecture a sans doute influencé mon écriture dans la façon de traiter le thème du quotidien. Mais pour la forme, à chaque projet correspond un travail unique : en fonction de ce que l’on ressent à l’écriture, on se focalise sur tel ou tel aspect du texte. Pour La Mandarine blanche, ce qui m’importait, c’était de faire ressortir la couleur d’un univers particulier, en l’occurrence celui d’un hôpital perçu à travers le regard d’un enfant. D’ailleurs, le titre est un mélange de deux couleurs. Pour Coxyde, c’est la musique des mots qui a conduit ma plume. Le mot « Coxyde » a déjà une sonorité que j’aime. Et lorsqu’on se promène dans le quartier sénégalais, il y a une musique dans la succession des noms des villas : Les Mélilots, Hora Fugit, Méduse, La petite hutte…

La question rituelle. Dans quelle direction envisagez-vous à présent votre écriture ? Quels sont vos projets ?

Dans l’immédiat, et pour rester dans le plaisir de la langue, je publie en septembre Un bouquin n’est pas un livre, un ouvrage ludique sur l’usage des synonymes. Ce livre compte parmi les six premiers d’une nouvelle collection de poche dirigée par Philippe Delerm et intitulée « Le goût des mots » (chez Points). En ce qui concerne de nouveaux projets… Lorsqu’on est plongé dans un travail, on a toujours des tas d’autres idées qui surgissent et qu’on se réserve pour plus tard… Pour l’instant, j’ai plutôt envie de faire des textes plus légers, des textes courts et, notamment, des tranches de vie sur l’univers de… Coxyde !



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