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| Guy Delhasse |
Guy Delhasse se définit comme un vagabond de l’écriture, un aventurier des mots. Il se promène dans les genres : nouvelles, récits, guide littéraire jeunesse, polar… Tombé dans l’univers de la chanson francophone grâce à Antoine, Dutronc, Dassin, il y croise les influences ango-saxonnes des Beatles... Après vingt ans d’écriture pour des revues musicales, il publie une première « chansongraphie », tout naturellement dédiée aux albums d’Hugues Aufray. Sa plume a fait son nid. Suivent un livre consacré à Pierre Rapsat, un autre sur les chansons à guitare, instrument qu’il pratique en amateur éclairé, et désormais une promenade musicale de ville en ville.
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| Interview "Le monde est une chanson" |
Comment vous est venue l’idée d’écrire une sorte de tour du monde en chansons ?
Des sujets de livres musicaux m’habitent en permanence, je vis avec eux, je dors avec eux.
Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de titres qui chantaient les villes et que jusqu’à présent, personne n’avait songé à exploiter ce sujet sous forme d’un parcours… J’ai proposé le sujet à Philippe Bachy qui m’a donné le feu vert pour me lancer dans l’aventure. Il trouvait que cette manière de raconter les villes et les chansons était originale.
Comment s’est effectué le choix de ces villes ?
Chaque ville est une aventure intérieure. Paris s’est imposé dès le départ, New York aussi. Liverpool ? Il fallait que je clame ma passion pour les Beatles. J’ai trouvé quelques chansons francophones sur cette ville. Ostende et Bruxelles sont les villes les plus chantées de Belgique : il était naturel de les choisir car les chansons qui les évoquent sont prenantes. Montréal est l’une des villes les plus dynamiques du monde : impossible d’y résister. Saint-Malo me laisse tellement de bons souvenirs que je ne pouvais pas la contourner… San Francisco a donné lieu à deux grands classiques, Los Angeles aussi existe dans l’univers de la chanson francophone.
Au détour des villes traversées, vous livrez votre vision de notre monde contemporain dont les villes sont enlaidies par les constructions en béton, asphyxiées par la pollution. Quel regard portez-vous sur le monde d’aujourd’hui ?
Le regard noir du pessimiste qui est persuadé que si on ne commence pas à réagir fermement, on va y rester. Et les villes occidentales donnent cette image d’un monde fini qui est en train de sa casser royalement la gueule, pardonnez-moi l’expression. Mais aussi le regard clair, lumineux sur un monde qui a enfin trouvé son pire ennemi : l’humanité. Et c’est quand l’ennemi est identifié que la réaction peut commencer à s’organiser. Les villes sont simplement, selon moi, la photographie de la poubelle qu’il est temps d’évacuer proprement. Mais le message de ce voyage est d’abord le partage du plaisir de relier quelques villes du monde à quelques chansons de la francophonie…
Les villes, qui constituent un personnage à part, réveillent également des souvenirs des années d’enfance. Quelle place occupent-elles dans votre parcours d’écrivain ?
Ma passion pour la chanson a complètement démoli un parcours d’écrivain idéal. J’aurais voulu être un romancier à temps plein et tracer une carrière dans ce sens. Mais voilà, j’ai dû assumer une enfance, une adolescence pleine à craquer de chansons les plus diverses et donc, j’ai dû employer ma plume pour l’exprimer par des articles, des chroniques et des bouquins. Un « vrai » écrivain ne passe pas son temps à ramasser ses mots pour un art considéré comme mineur. Et dans le milieu de la chanson, les journalistes spécialisés pourraient me prendre pour un joyeux amateur parce que, comme vous le dites, je colle aux chansons des souvenirs que j’espère partager avec tous les anciens gosses de ma génération.
Le répertoire visité voyage dans des styles et des époques différentes : D’anciens artistes comme Trenet, Montant, Ferré, Piaf côtoient ceux des années 70 : Yves Simon, Pierre Rapsat, Nougaro, Le Forestier, Charlebois qui, eux-mêmes, côtoient de jeunes talents comme Sanseverino, Bénabar, Olivia Ruiz, le groupe Tryo ou Marie Warnant. Comment avez- vous sélectionné leur chansons ?
Comme les villes. Pas de motif unique mais chaque fois une histoire personnelle. Une fois, c’est par la qualité du texte, une autre fois c’est parce qu’elle est incontournable, une troisième fois parce que la chanson représente un souvenir, une ambiance. C’est un volume « Exaltations » c'est-à-dire un engagement sur l’émotion que j’espère partager avec le lecteur s’il joue le jeu de se laisser emmener irrationnellement ici ou là. Mais j’ai peu puisé dans le répertoire des anciens que vous citez : ils m’ont moins emporté que les autres…Donc pas question d’un travail journalistique exhaustif, plutôt un déboulé exaltant sur un lien subjectif entre telle villes et telles chansons. Les chansons sont plus riches que les chanteurs…
Quelle valeur accordez- vous à la chanson qui ravive des souvenirs personnels et fait renaître l’esprit d’une époque ?
La chanson, c’est du son immédiat qui mêle l’homme à deux arts : écriture de mots, écriture de musique. J’aime la voix humaine qui reproduit à l’infini une mélodie. C’est le bloc-notes d’une certaine mémoire des choses, des gens et des lieux. C’est ce que j’ai voulu reproduire par le texte. Le voyage de ville en ville illustre le voyage des sons dans mes oreilles. Je donne une valeur respiratoire à la chanson mais aussi une valeur au toucher des pochette, des carnets, l’odeur du carton, la vue, l’audition…J’ai besoin de tout ça pour vivre, simplement.
Dans votre écriture, il y a une musicalité, un rythme. Le texte chante comme si vous vouliez emmener le lecteur dans vos déambulations citadines.
Je vais vous faire une confidence mais ne le répétez à personne : j’ai raté une carrière de parolier. J’aurais voulu être capable d’écrire de bons textes de chanson. Je promène ma frustration dans les livres où je m’amuse à glisser des sons comme si j’écrivais une chanson.
C’est un travail de dingue, quotidien, harassant, décourageant mais je suis heureux que vous ayez remarqué ce côté musical de mon écriture : ça prouve que mes ratés ont peut-être de beaux restes et qu’il y a une ambiance particulière dans ce bouquin.
Votre style est poétique et il emprunte aussi au parler populaire. Vous évoquez le verbe écorché vif de Renaud ou les sons éructés, en révolte, de François Béranger. La chanson affranchie de la pureté de la langue est-elle plus authentique que le discours normatif ?
Je ne sais répondre que par une conviction profonde : il faut conserver à tout prix la diversité de la langue écrite dans les chansons. Il ne faut qu’un Renaud, qu’un Béranger… J’aime les écritures qui créent la surprise, qui ont de l’audace. Je me méfie des notions « d’authenticité » parce que cela touche à l’individu même qui la compose ou l’interprète. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas « une sincérité » qui marche en rang, ce sont toutes « les sincérités » qui filent dans tous les sens. Et je déteste cette notion de « pureté de la langue ». La langue est chargée des poussières de la route qu’elle doit assumer au fil du temps.
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