Le Somnambule
 



Playgirl: cover - interview - presse




Emmanuelle Jowa
Emmanuelle Jowa L’auteur de Playgirl naît à Liège dans les golden sixties - elle est fière comme Artaban de ce statut de graine du baby-boom dans la Cité Ardente. Après une jeunesse semi-ardennaise à écouter Slade au coin du feu tout en scandant son latin, elle passe un an aux Etats-Unis, puis obtient une licence en journalisme à l'ULB. Elle travaille comme pigiste à la radio belge, donne dans la publicité à Londres, la bien-aimée, avant de plonger comme un seul homme dans la presse écrite : pour le quotidien Le Matin, et ensuite les hebdos Le Vif L'Express, Match Belgique et La Tribune de Bruxelles. Cette journaliste besogneuse aime, dans le désordre, le macrocosme anglo-saxon, la natation, le fromage en quantités inconsidérées, le vieux ska, le vieux ski aussi. Et entretient, la larme à l'oeil, le culte des idoles d'antan : Hercule Poirot, Guy Bedos, Robert De Niro. Officiellement athée, elle a ses demi-dieux. Et ses sources sacrées. On ne vit qu'une ou deux fois par exemple, tel est son credo, inspiré d'un bon Bond de derrière les fagots.


Interview "Playgirl"

D'abord, pourquoi ce titre, Playgirl?

Ce titre fait allusion à ces dames qui s’amusent, et qui, au contraire de la pin-up, sont des sujets actifs, des séductrices en puissance qui aiment à leurs heures faire de l’homme un objet. Cela dit, il n’est pas exclu, si elles l’ont décidé, qu’elles se transforment à leur tour en obscur objet de désir. A ne pas confondre donc avec la pin-up et à mettre en parallèle avec le côté noble du Playboy avec un grand P, appellation dont j’aime à la fois l’imagerie un peu rétro – années 60, St Trop, bunnies façon Las Vegas, Dutronc et tout le tralala -, et le côté respectueux : comme chacun sait, un playboy, un tombeur de ces dames est digne de respect, suscite même souvent, auprès des jeunes mâles et des pétasses en devenir (mais pas seulement hélas) une bonne dose d’admiration béate. Cela dit, attention, ce petit livre est tout sauf un pamphlet féministe.
Autre précision, ce mot Playgirl n’apparaissait pas dans mon Harrap’s Shorter Dictionary, ce qui le rend d’autant plus précieux. Il fait penser à ces faux mots d’anglais qu’utilisent les eurocrates par exemple ou à ce mauvais franglais dont abusent tous les jeunes d’aujourd’hui, d’hier et même de mon temps. Sauf qu’ici ça fait « faux jeune » puisque je songe plus en disant Playgirl à ce titre de la presse sexe qui exista (existe ?) un temps, truffé d’hommes nus en érection. Destiné officiellement aux filles et que j’ai feuilleté un jour en cachette dans une librairie de la très huppée station de Crans-Montana. Un souvenir fort. (Destiné aux filles disais-je donc, mais, je ne l’ai réalisé que beaucoup plus tard avec une incrédulité qui m’honore sans doute, lu essentiellement par des hommes.). Autre élément qui fait « faux jeune », c’est le côté Russ Meyer (certes trop à la mode dans une certaine fange de rock garage alternatif mais bon...) des héroïnes. Je veux dire à la façon de Faster Pussycat de Meyer, elles prennent leur destin en main, des starlettes de road movie (parfois statiques), des Thelma et Louise avant la lettre comme le suggérait une amie (qui sait bien de quoi elle parle puisqu’elle prépare une très belle bio de Cerrone, homme à femmes, à costumes blancs et à moustaches).

Cette mode des titres en anglais, ça ne vous fait pas peur ?

Oh si malheureux, ne dites plus rien ! C’est une horreur même si j’ai toujours personnellement abusé du franglais et de l’anglais tout court dans mes textes. Ce phénomène de mode aurait dû être un frein sérieux à ce choix de titre. Hélas, je dois reconnaître que sous la pression de mon directeur littéraire, un homme à poigne, il faut en convenir, j’ai dû raccourcir un titre préexistant (L’insoutenable légèreté de la chose – je reconnais que c’était pompeux et que ça s’inscrivait dans un autre phénomène de mode qui ne manquait pas de m’exaspérer également : celui des titres de livres et d’émissions interminables, avec souvent un verbe dans la phrase, genre On ne peut pas plaire à tout le monde, Ca se discute, Tout le monde en parle, Chacun cherche son chat etc – j’en passe naturellement, et pas des moins baveux). Puis, de fil en aiguille est venu ce Playgirl ma foi assez aguichant, voire racoleur. Ce qui m’a plu, c’est de ne pas trouver le mot au dico (pour parler jeune) et d’inverser les rôles hommes-femmes.

Qui sont ces femmes, ce sont ces nouvelles « écrivaines érotiques » dont vous parlez dans le livre ?

Oui et non. Ces « playgirls » sont bien sûr les Catherine Breillat, Virginie Despentes, Catherine Millet and co que j’évoque mais aussi la narratrice et tous ses fantasmes d’hommes qui s’alignent de façon carrément monomaniaque.

Vous faisiez allusion à ces hommes qui lisent des magazines alignant d’autres hommes sous le label « Playgirl, » est-il question ici aussi d’homosexualité ?

Pas le moins du monde, malheureux! L’homosexualité est tout un univers en soi et je ne l’aborde pas. Nos héroïnes sont ici farouchement hétéro. Ne le prenez pas mal.

Sur quels critères avez-vous basé la sélection d’auteurs que vous citez, même brièvement?

Des critères personnels bien sûr. J’ai essayé tout de même d’avoir un équilibre entre les intellos façon Breillat et Millet et les autres, les Despentes, Anderson etc, plus trash, plus école de la rue. Mais cela peut paraître fort branché, (hype, « in »), et faire peur. Donc je tiens à préciser que, dans le livre, sont aussi épinglés certains travers de ce phénomène de mode comme le côté trash justement, l’alignement des vices tiraillés comme des élastiques jusqu’à la trame : SM, gadgets, sang, drogue… Tout ça est ennuyeux. J’en baille déjà. Finalement, ce qui m’a paru le plus proche de la névrose obsessionnelle de la narratrice, qui aime stocker, aligner les proies, c’est ce bon vieil ouvrage de Françoise Rey, Histoires lamentables. Playgirl est le récit d’autres histoires lamentables, souvent imaginées, souvent foireuses, et dont il ressort que l’homme est bien sûr un animal, un peu répétitif mais touchant finalement. Et dont il ressort que le sexe n’est qu’un trompe-la-mort. Je veux dire un trompe-l’ennui en attendant la mort. Je veux dire qu’il distrait comme peut distraire une matière épouvantable à ingurgiter en peu de temps avant l’examen, en buvant des jerrycans de Coca light ou comme peut distraire une énumération de ce qu’on aime dans la vie, une liste de courses bien foutue, comme peut distraire aussi le comptage des barbus que mon papa nous imposait, petits, dans la voiture, histoire de tuer le temps en allant à l’école.

Qu’est-ce qui a provoqué l’écriture de cet ouvrage ?

Ouvrage, ouvrage, n’exagérons rien. Ne me faites pas peur, ça prend soudain des allures de pléiade. Non, en fait, cette nouvelle écriture érotique (enfin pas si neuve que ça tout de même) m’a séduite de longue date, agacée aussi. Et j’y ai vu une sorte de parade pour évoquer ce rituel obsessionnel, cet alignement de proies auquel je faisais allusion. C’est une thématique qui me poursuit depuis longtemps, celle du stockage, de l’accumulation, de la répétition. Disons que cet opus sera le premier volet d’un développement tout personnel sur cette névrose obsessionnelle. Ici c’est en termes de séduction ou d’attirance/répulsion physique, mais j’aurais pu parler aussi de nourriture, de sport etc. Mais attention, ce petit livret n’a aucune prétention sociologique ni encyclopédique. Disons simplement que la mention de certaines plumes féminines érotiques permet d’embrayer sur divers phénomènes vécus par l’anti-héroïne qui se complaît dans l’accumulation d’attirances pour un drôle de sexe opposé. Ces attirances prennent des formes parfois étranges. Mais rien de hard, je vous rassure.

Et votre histoire personnelle.

Rien à voir là-dedans comme on dit toujours. Ne cherchez pas en tout cas une sombre histoire familiale ou de glauques antécédents. Je viens d’un milieu très sain et, sans vouloir vous décevoir, je n’ai jamais connu d’inceste même si je voue un culte à mon papa, déjà évoqué. Ah, ça vous semble louche, n’est-ce pas ? Je sens que je vous ai mis l’eau à la bouche.

Pas d’autre message ?

Non, pas encore. Il reste du pain sur la planche et l’idée ici est de noyer le poisson. Un art dans lequel, sans me vanter, j’ai toujours excellé. J’espère que vous êtes satisfait.



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