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| Fabian Maray |
Journaliste indépendant, Fabian Maray
cultive patiemment sa passion des
grands auteurs cinématographiques.
Après la rédaction d’un ouvrage consacré
à Stanley Kubrick (Un nouvel Icare),
d’une filmographie critique sur l’oeuvre
de Terence Malick et la coordination
d’un recueil de portraits de cinéastes
européens (Visages du cinéma européen), il se penche
sur un autre de ses réalisateurs-culte, le bien-aimé
Woody Allen.
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| Interview "Woody Allen, little big man" |
Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire sur Woody Allen? En quoi vous intéresse-t-il?
Les films de WA offrent un point de vue très personnel sur l’existence et sur le cinéma. Deux caractéristiques qui font de lui un auteur, quelqu’un de précieux, quelqu’un qui ne ressemble à personne d’autre. Quelqu’un de rare, surtout dans le cinéma américain d’aujourd’hui, mais aussi dans le monde d’aujourd’hui où tout le monde finit par ressembler à tout le monde. Un film comme Zelig parle très bien de ça, de la difficulté d’être soi-même face aux autres. Allen a dit un jour qu’il avait cherché toute sa vie à être quelqu’un d’autre, et pourtant il est parvenu à rester lui-même. C’est ce qui le rend attirant, au-delà de son humour exceptionnel et de son pessimisme revigorant.
Et puis, Allen est quelqu’un de lucide et d’honnête. Par rapport à la tragédie de l’existence, à la religion, à la fidélité, au sexe, à la notoriété, etc. Il ne nous ment pas, là où le cinéma américain nous a tellement menti. Il sait que la vie ne nous apprend pas grand-chose sur l’essentiel, qu’elle n’est qu’un éternel recommencement, qu’il n’y a pas un début, un milieu et un happy-end. Il sait qu’aucun de nous n’est un héros et que nous sommes tous fragiles. Et que la seule façon de s’en sortir, c’est de faire le clown. Allen est un clown magnifique.
Ce n’est pas la première fois que vous écrivez sur le cinéma. Ce domaine vous est-il familier?
Je n’ai rien trouvé de mieux (le cinéma, puis écrire sur le cinéma), à part la musique, pour supporter le reste : l’adolescence, le temps qui passe, les défaites de mon équipe de foot favorite, ma femme...
Êtes-vous spécialement intéressé par le cinéma américain?
Je ne suis pas un fan de l’esprit américain, de cette mythologie de la conquête, de l’entreprise, de la liberté individuelle. Le drapeau américain, le puritanisme américain, le « fast life » américain,… très peu pour moi. Mais il se trouve que les cinéastes que je préfère viennent de là, que c’est l’Amérique et ses travers qui les ont fait grandir : Kubrick, Allen, Scorsese, Malick, etc.
Est-ce que, comme Woody, vous arpentiez les salles de ciné?
A partir de 18 ans seulement, quand je me suis un peu éloigné de mes parents. A partir de là, je n’ai plus arrêté de voir des films.
Comment est né le projet de ce livre? En quoi est-il différent des autres livres que vous avez écrits?
Je n’ai écrit qu’un seul livre publié jusqu’ici, sur Stanley Kubrick. J’en ai coordonné un autre, sur des portraits de cinéastes européens. Celui-ci s’attache davantage au texte qu’à l’analyse.
Justement, dans votre écriture, vous avez plutôt une approche littéraire et non analytique, je veux dire que vous n’utilisez pas des termes techniques de cinéma. Votre livre serait plutôt un portrait humain. A quoi cela est-ce dû?
C’était l’ambition du livre : évoquer Woody Allen grâce à l’écriture, faire un bout de chemin avec lui sans chercher à le décortiquer.
Woody Allen a eu une carrière cinématographique très vaste. Vous n’avez pas pu parler de tous ses films, il a fallu faire des choix. Qu’est-ce qui a motivé ces derniers?
C’est très subjectif. J’ai choisi de parler davantage des films que j’aime. Mes préférés, ça reste Manhattan, Zelig, Hannah et ses sœurs, et quelques autres. Et je pense que ça se sent quand on lit le livre. J’espère en tout cas.
Vous sentez-vous un peu Woody ? Auriez-vous des points communs avec lui?
Des points communs !? Vous vous foutez de moi ou quoi ! Il ressemble à un lémurien qui aurait eu la polio !
Qu’évoquent les femmes woodyalleniennes pour vous? Votre vie amoureuse est-elle aussi tumultueuse que la sienne?
Je suis prêt à abandonner ma femme, mes enfants et mon Shar Pei pour Scarlett Johansson… J’emmènerai peut-être le chien.
Quelle citation allenienne vous parle le plus?
J’aime beaucoup quand ce petit juif dit « Quand j’écoute du Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne ».
Si je vous demandais de créer une citation à sa façon, qu’est-ce que ça donnerait?
C’est impossible ce que vous me demandez là. Mais pour vous répondre, je me pencherai vers Monsieur Pierre Desproges : « L’âge mûr, c’est la période qui précède l’âge pourri. »
Pour clôturer, comment résumeriez-vous le personnage qu’est Woody Allen? Que voudriez-vous qu’on retienne de lui?
Qu’il n’y a pas deux Woody Allen.
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