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• Présentation des Somnambules > Interview des Somnambules • Contacts Voici une conversation à bâtons rompus entre les différents membres de l'équipe du Somnambule Equivoque. Pour mieux faire connaissance avec l'équipe et avec la ligne éditoriale d'une maison d'édition pas comme les autres. Familiarisons-nous d'abord avec le fonctionnement de la maison. Vous en êtes le directeur littéraire. Quel est exactement votre rôle?
Un manuscrit étant accepté, il existe donc toujours une phase de corrections? Ce serait exceptionnel qu'il n'y en ait pas. Un livre, ça se travaille. Ce n'est pas un article de presse, ce n'est pas éphémère, ça doit jouer sur la durée. Et donc être totalement impeccable. Comment fonctionne exactement le comité de lecture? Que doivent faire les auteurs? Séraphine Vandermeulen (photo): En tant que directrice administrative, je réceptionne les manuscrits et les donne aux différents membres du comité. En fonction de l'avis final de Philippe Bachy, je réponds aux auteurs. Les auteurs sont invités à nous contacter par mail et à se présenter. J'aimerais ici pousser un coup de gueule: trop d'auteurs envoient leurs manuscrits à l'aveuglette. C'est une perte de temps pour tout le monde : pour une maisonnette comme la nôtre, fonctionnant avec des bénévoles, mais aussi pour les auteurs qui y perdent de l'argent en frais de port et de l'énergie. J'irais même jusqu'à trouver qu'il y a une certaine grossièreté à solliciter une publication auprès d'une maison d'édition (et je parle pour n'importe quelle maison) sans avoir pris la peine de lire l'un ou l'autre de leurs livres. Bref, de voir s'il y a une correspondance possible de leur manuscrit avec la ligne éditoriale. ![]() Séraphine Vandermeulen: Il y a un groupe de base. Au-delà, il existe une volonté d'ouverture. Le Somnambule Equivoque est en recherche de bons textes, de bons auteurs. La preuve: un manuscrit arrivé par la poste, sans aucune recommandation de nulle part, a d'ores et déjà été accepté, c'est le roman de Fidéline Dujeu, "Coquillages", sorti en mars 2004. Ne donnons pas de faux espoirs: le taux de réussite sera de quelques pourcents à peine. Mais c'est possible! De notre côté, la maison s'en tiendra au strict repérage d'un talent et à l'adéquation de ce talent avec notre ligne éditoriale. Philippe Bachy: Une écurie? Pas tout à fait. Le terme est impropre. On ne vend pas de l'avoine! Cela dit, il existe quand même une intention de privilégier les liens créatifs d'un groupe littéraire. Avoir à sa disposition des talents prêts à mener à terme les premiers opus de nos collections est incontestablement un luxe. Cet échelonnement précis des publications, seul un groupe littéraire peut lui donner sa cohérence. Le livre qui tombe d'on ne sait où, c'est rare. Mon rôle, c'est d'abord d'aller le dénicher! Quitte à faire des centaines de kilomètres pour retrouver la vague relation, perdue de vue, mais dont je me rappelle du "génie jusqu'ici maudit". D'ailleurs, avec Etienne Ethaire, j'aurais pu entreprendre un tel périple. C'est un garçon qui a beaucoup voyagé. Et je ne m'imaginais pas commencer dans l'édition sans lui.
Quels sont les critères de sélection de la maison? Philippe Bachy: Il y a de fortes exigences littéraires. Une charte existe. Trois collections sont délimitées, balayant de la fiction intimiste au pamphlet satirique. Malheureusement, les exclus sont toujours les mêmes : la poésie et la nouvelle. Nos collections ont leurs spécificités propres, mais aussi quelques points communs: la force d'un univers, la recherche du style, la contemporéanité, mais aussi le nombre de pages. Les livres tourneront autour de la centaine de pages et... pas question de gagner excessivement de la place... en rapetissant les caractères! C'est un choix réfléchi. Il n'est pas économique. Il correspond à nos conceptions littéraires que celles-ci soient d'ordre intimiste, exalté ou partisan. Court pour l'intimiste car il faut expurger, aller au profond, au silence. Court pour l'exalté car sinon il peut tournicoter à l'infini et s'essouffler. Court pour le partisan car il n'y a aucune raison d'y aller par quatre chemins. Small is beautiful? A chacun ses expressions, celle-ci est vraiment réductrice. Oui, mais pourquoi cette position de principe? Philippe Bachy (toujours): C'est un concept global, intouchable, la conviction qu'un livre possède une force maximale s'il peut se lire le temps d'une soirée ou d'un voyage en train. En ce qui concerne "Fulgurances", il faut quand même préciser que nous publions du roman, et pas de nouvelles! Au niveau romanesque, notre maison est en effet attachée à l'art de la narration dont la plénitude se situe au coeur du roman. Du roman, donc, mais du roman court! Pourquoi? Par lassitude vis-à-vis d'auteurs qui allongent la sauce sans intérêt. Par respect de ce credo selon lequel l’impact du livre est décuplé s’il peut être lu en une fois. Je suis projectionniste de cinéma et j'imagine mal saucissonner la vision d'un film en trois séances. En plus, l'époque de Balzac, c'est fini ! On peut le regretter, mais c’est ainsi, le XXIe siècle est hyper et poly-actif. Dans ce contexte, le lecteur tend à repousser les briques et à choisir des textes qu’il consommera plus vite. Je n'aime pas ce terme "consommer". Mais appellons un chat un chat. Aujourd'hui, l’offre du livre est devenue tellement exponentielle que, face au chaos des sorties, le lecteur préfère avoir une vision d’ensemble de la production avec quelques livres courts plutôt qu’avec un gros machin dont il n’est pas sûr de la qualité. Que signifie l'appel à la contemporanéité? La maison entend apporter de la fraîcheur, du dynamisme, mais aussi de la modernité. Etre à l'écoute de l'époque. En clair, cela signifie que Le Somnambule Equivoque entend à terme devenir une des références essentielles en matière de littérature contemporaine. La charte insiste également sur la ligne graphique...
venons en à l'aspect financier des choses... Vous déclarez que vos choix éditoriaux ne sont pas économiques. Mais une maison d'édition peut-elle vivre en-dehors de l'économie? Jean-Pierre Closson (membre fondateur et investisseur de départ): Le marché du livre ne ressemble actuellement en rien à un poulailler où des poules dodues pondraient des œufs d'or. Sur l'ensemble de la francophonie, il y a place pour deux-trois groupes qui font du fric, une vingtaine de maisons qui vivotent, et des milliers d’autres qui finissent par crouler. Il faut voir les choses avec lucidité : la littérature n’a plus la même aura, le même impact que jadis. Dans notre société de l’image, c'est impossible de faire marche arrière. Dès lors, il est clair que ce n’est pas à l’écrivain de disparaître, mais à l’éditeur de s’effacer, ou plutôt d'en revenir à la partition exclusive de son véritable rôle : aimer le livre, tout faire pour qu'il soit bon (ligne éditoriale) et beau (ligne graphique), veiller en outre à l'harmonie de l'ensemble tant à l'intérieur de chaque collection qu'entre les différentes collections. L ’éditeur ne peut plus être un financier qui produit des livres, mais un découvreur de talents, un conseiller en littérature. C'est pourquoi le Somnambule Equivoque est constitué en association sans but lucratif et travaille grâce au bénévolat de ses membres. C'est aujourd'hui impossible de gagner de l'argent avec la littérature de création, c'est même excessivement difficile... de ne pas en perdre. Au lieu de chercher une activité lucrative, la maison des somnambules entend seulement mettre ses écrivains dans des bonnes conditions de création. Estimeriez-vous que les éditeurs ne remplissent plus cette fonction de conseils littéraires, de découvreurs? Jean-Pierre Closson: Cela dépend qui. Certains éditeurs ne pensent qu'au tiroir-caisse. Dans le contexte actuel du marché, ils se contentent alors de gérer un fonds de commerce. Forcément, ces décideurs sont tenus au plus grand dénominateur commun. Ils n'osent pas prendre de risques. Ils publient "leurs" écrivains qui ramènent des bénéfices, et puisqu'il faut que leur société gagne de l'argent, ils se soucient peu de la découverte d'un jeune romancier qui, jamais, ne sera directement rentable. Et puis il y a les autres. Les vrais découvreurs. Les vrais passionnés. Ils nouent rarement les deux bouts et ont un urgent besoin de soutien. Est-ce à dire que Le Somnambule Equivoque veut prioritairement donner sa chance à des auteurs de premiers livres? Séraphine Vandermeulen: Pas exclusivement. Parmi nos premières sorties, il y a par exemple Nicolas Crousse qui a déjà publié chez Flammarion sous le pseudonyme d'Aimable Jr. Ce qui nous intéresse, c'est la force d'un texte. Pourquoi faire une différence de traitement entre auteurs débutants et auteurs plus expérimentés? Ce serait de l'ostracisme. Philippe Bachy: Mais il est sûr que notre position de jeune maison nous incite à être particulièrement attentifs à la spontanéité et au ton novateur que l'on retrouve notamment chez les premiers romanciers. Créer un mouvement, ou plutôt lui permettre de s'exprimer -parce que le mouvement est déjà là, il bouillonne-, faire bouger le système, cela implique entre autres d'accorder de la confiance à la jeunesse, à des écrivains qui savent capter l'air du temps. Le but est de dégager des lignes de force. Qu'il y ait un petit groupe d'auteurs somnambulesques, un collectif peut-être, mais alors un collectif composé d'individualités diverses, riches et passionnantes. Avec des styles et des univers bien particuliers chez chacun de nos auteurs. Vous semblez aimer les termes "collectifs", "mouvements", "courants"...? Etienne Ethaire: Quelque part, c'est trompeur. Moi, le premier terme qui me vient à l'esprit, c'est celui d'individualité. Tous les écrivains du Somnambule possèdent leur patte personnelle. un style. Une richesse d'univers. Il n'existe aucun style collectif, aucun univers collectif. Là, où se vérifie le terme de "mouvement", c'est pour la maison d'édition en elle-même, son idéal littéraire, sa volonté de publier des textes exigeants afin de développer une authentique politique d'auteurs. La maison met evant le secteur "roman" et parle peu des collections "Exaltations" et "Dérapages"? Philippe Bachy: C'est parce que toutes nos collections sont romanesques. "Exaltations" et "Dérapages" aussi. Ces deux collections proposent de véritables textes d'écrivains. C'est un concept essentiel à nos yeux. Nous ne faisons pas dans le journalisme, il n'est pas question de publier des textes écrits purement pour informer. Là aussi, se situe l'ambition de notre projet. La littérature n'est pas cloisonnée au secteur étroit du roman. Elle peut aussi se retrouver dans une galerie de portraits ou dans un pamphlet. Pour les collections "Exaltations" et "dérapages", la plume de l'écrivain importe autant à nos yeux que le sujet du livre. Quelle est exactement la politique de la maison en matiètre de droits d'auteur? Séraphine Vandermeulen: Soyons clairs, actuellement, la clé de la répartition du livre est la suivante. Sur le prix du livre, le libraire empoche 33%, le couple diffuseur-distributeur gagne 23%, la tva empoche 6%. Il reste 38% pour l'éditeur et l'auteur. De ce déjà maigre pactole, l'auteur ne touche généralement que 8%; en cas de notoriété, il peut espérer un chouïa de plus. Bref, l'auteur est réellement exploité par le système: c'est lui qui travaille le plus, et il ne gagne presque rien... Le problème, c'est que le système traverse lui-même une crise sans précédent. Les petits libraires éprouvent les pires difficultés à tenir par rapport aux chaînes. Les diffuseurs souffrent également de la crise du livre. Et ne parlons pas de l'éditeur. Idéalement, celui-ci devrait s'effacer pour permettre à l'auteur une meilleure rétribution via ses droits. Mais la situation n'est pas aussi simple que ça. En somme, l'éditeur ne touche que 30% du prix de vente du livre. Or il assume la charge de tous les frais, l'imprimerie bien sûr, mais aussi des dépenses internes, les contacts presse etc etc etc. Au lancement de notre maison, nous avions fanfaronné que nous comptions revaloriser les droits d'auteur. A terme, cela reste d'ailleurs un de nos objectifs. Mais il faut bien le dire: dans le contexte actuel, et sans soutien des pouvoirs publics, nous en resterons à payer 8% de droits à nos auteurs. Selon les contrats classiques proposés par l'Adeb (Association des Editeurs belges) ou le SNE (Syndicat National de l'Edition en France). Finis les accents utopiques, révolutionnaires des débuts du Somnambule? Croyez bien que non. Editer, aujourd'hui, en ce début de XXIe siècle, cela reste plus que jamais un acte politique, et rien d'autre! Interviews recueillies par Anthony Heukmes |
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